Si certains ne jurent que par le « No Fap », c’est à dire ne pas se masturber, la masturbation est une pratique normale et saine. Mais existe-t-il un seuil où la pratique devient trop intensive? Réponse dès maintenant.
La fréquence « normale » varie énormément d’une personne à l’autre.
Chaque personne a un rythme différent, certains se masturbent deux fois par semaine, d’autres trois fois par jour. Cette forte disparité s’explique par plusieurs choses.
Tout d’abord l’âge, qui influence la fréquence. Les jeunes, par exemple ont une testostérone plus élevée. Goldman Laboratories relaie par exemple que le taux de cette hormone est de 17,5 nmol/L chez les 18/29 ans contre 16,4 nmol/L entre 60 et 69 ans en moyenne. Or, cette hormone est le moteur du désir sexuel.
Le contexte de vie joue un rôle, des problèmes à régler, de la fatigue ou encore un projet très prenant peuvent réduire les épisodes masturbatoires, le cerveau ayant d’autres priorités à traiter.
Il n’y a pas de chiffre magique à respecter, chacun à son rythme. Ce n’est pas tant le nombre de séances qui compte mais l’impact sur la vie quotidienne.
Les signes d’un usage problématique
Plusieurs signaux doivent vous mettre en alerte. Tout d’abord si la masturbation empiète sur le travail ou les études. Par exemple, vous n’arrivez pas à vous concentrer plus de 2 heures sur une tâche sans aller vous masturber.
Autre signal inquiétant, vous préférez vous masturber que d’aller interagir avec d’autres personnes. Le docteur Serge Nef de l’Université de Genève précise que « Cette addiction peut affecter la vie sociale et être source de stress et d’angoisses ».
Vous souffrez de douleurs ou de blessures physiques? Là aussi c’est un signe que vous vous masturber trop fréquemment. Cela va des irritations cutanées aux douleurs au niveau des organes génitaux en passant par des douleurs génitales car la zone pelvienne est beaucoup trop sollicitée.
L’état d’esprit avant et après compte beaucoup. C’est ce qui vous permet de savoir si votre fréquence masturbatoire est à corriger ou non. Par exemple, si vous avez honte en permanence, c’est un problème. La honte est l’une des pires émotions humains. « La honte est en effet un signal émotionnel désintégrateur » indique Serge Tisseron dans son article « De la honte qui tue à la honte qui sauve ».
Ce qu’il faut retenir, c’est que tant que c’est un simple plaisir, il n’y a pas de problème. Là où c’est problématique, c’est quand vous en faites une obsession. Car l’impact va bien au-delà de simplement se masturber.
Vous l’avez compris, les conséquences sont nombreuses: retards ou absences répétées, isolement social croissant, baisse de motivation générale, difficultés de concentration…
Les causes possibles d’un usage excessif
Comprendre la racine du problème est ce qui permet d’agir. L’une des plus courantes est le stress. Lorsque vous vous masturbez, le corps relâche des hormones du bien-être et du plaisir (dopamine, endorphine et oxytocine).
L’ennui est aussi fréquent. Le cerveau à horreur du vide. Se masturber permet d’offrir une stimulation facile et immédiate. Elle est en plus gratuite.
Une dépendance à la pornographie peut aussi être en cause. Selon le CEFRAAP, 50% des 12 ans consultent des sites pour adulte chaque jour. Or, la pornographie moderne submerge le système de récompense du cerveau, qui va demander des doses de plus en plus fortes.
Se masturber, c’est aussi parfois un moyen d’anesthésier ses émotions en court-circuitant l’émotion négative pour la remplacer par une sensation physique intense.
Que faire?
Plusieurs solutions peuvent être mises en place. Par exemple, observer les déclencheurs habituels. Prenons un exemple, vous vous masturber dès qu’il y a un vide. Ce vide, prenez-en conscience, et occupez-le autrement (lecture, jeux-vidéo, sport, balade…).
Un bon moyen de se motiver à réduire est aussi de tenir un journal de fréquence. Le suivi de sa progression aide beaucoup à persister en activant le circuit de la récompense (dopamine).
Trouver d’autres sources de plaisir ou de détente peut aussi avoir une forte influence. Cela ne laissera plus de place à la masturbation compulsive. Le cerveau aura d’autres sources d’attention.
Si le stress vous conduit à vous masturber, il est vital de travailler sur ce point. Déjà par de bonnes habitudes (sport, méditation, organisation…) mais aussi en comprenant la racine du stress pour agir précisément.
Quand consulter un professionnel?
Si vous ne pouvez malheureusement pas vous arrêter et que votre fréquence de masturbation impacte votre vie, consulter un professionnel est indispensable.
Le premier point de contact est le médecin généraliste qui pour faire une évaluation globale avant de vous diriger vers un spécialiste adapté. Si vous n’êtes pas à l’aise pour en parler à votre médecin de famille, vous pouvez aussi consulter un médecin en ligne (Qare, Medadom, Charles…).
Un psychothérapeute peut aussi être d’une aide précieuse. Notamment par la mise en place d’une TCC qui permettra de mettre en place des stratégies durables pour briser le cycle de la compulsion.
Un sexologue peut aussi vous aider, notamment sur votre rapport au corps et à la gestion des impulsions sexuelles. C’est le spécialiste des troubles de la sexualité.
Enfin, vous pouvez vous diriger vers un addictologue. Ce spécialiste permet d’évaluer le niveau de dépendance, de proposer un accompagnement personnalisé et de vous suivre sur le long terme.

